Un jour, un chien ...
Je marche le long de ce mur froid et sans âme qui me sert de logis. Juste à côté, j’entends gémir ce jeune chien arrivé la veille. Ce matin, il a enfin cessé d’aboyer et recroquevillé sur lui-même, son corps tressautant sous ses pleurs que personne n’entend. Pauvre petit! Il est si jeune et ne peut comprendre ce qu’il lui arrive. Il fait froid, cependant, ce pâle soleil tente désespérément de darder ses rayons sur nous comme s’il avait compris que mes pauvres os avaient besoin de cette ultime chaleur pour me réconforter.
Et ce fameux jour arriva ! Ma maman n’était pas là quand il m’a adopté. J’ai jappé, crié et fait ce qu’il fallait pour m’échapper….Mais ses mains étaient trop fortes pour moi ! Maman, maman, ma maman, je t’aime !
Et me voilà dans ce qui a été pendant 8 ans ma nouvelle maison. Mon maître était gentil et, très vite j’ai appris à l’aimer très fort, lui prouvant chaque jour et chaque heure la mesure de mon amour. Quand, il l’a rencontrée, j’ai su qu’un nouveau deux pattes rentrait dans notre vie. J’étais heureux pour lui et c’est ainsi que je me suis attaché à elle très rapidement. Les premières semaines de vie commune furent magnifiques et chacun tentait de faire plaisir à chacun. Au fil des mois, la situation changea d’abord imperceptiblement puis plus évidente pour moi. Elle commença à remarquer que je laissais des poils sur le sol et je fus rejeté des pièces principales en me reléguant petit à petit dans le petit cagibi.
Un jour, grand chambardement dans la maison, un nourrisson venait égayer nos vies.
Attiré par les pleurs, je me suis avancé afin de voir à quoi ressemblait ce petit homme.
Comme une furie, la mère de ma maîtresse c’est emparée de mon collier et ma mis sans un remord, sur le balcon. Je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal et malgré mes demandes de caresses, mon maître refusa de me laisser dormir à l’intérieur. Je venais d’avoir 6 ans et ma vie prit un nouveau départ…… Qu’elles furent tristes ces 3 années, jalonnées de solitude et de manque d’amour. Je n’étais plus qu’un vieux meuble qu’ils exposaient juste pour ma beauté!
Je venais d’atteindre mes 8 ans, quand un beau jour, ils décidèrent de me faire adopter.
Malgré leur cruauté à mon égard, quand mon jeune nouveau maître prit ma laisse pour m’amener, je jetais sur eux un regard apeuré les suppliant de ne pas m’abandonner. Ils fermèrent la porte aussi vite que leur cœur. Je sautais dans cette voiture avec pour compagnon un visage inconnu. Il me parla pendant des heures d’une voix douce et rassurante, me caressant tout au long de ce trajet qui m’amenait vers une nouvelle destination. Je ne sais pour quelle raison, je lui ai aussitôt accordé ma confiance.
Ohhhhhhhh la belle vie que j’ai eue avec lui ! Je fus traité comme un roi; aucune promenade sans des rires qui résonnaient à ma tête, des repas tous les jours et bien équilibrés, des démonstrations d’amour et d’affection. Bref un bonheur tout simple qui m’avait tant manqué. Je devenais chaque jour plus beau et plus fort et c’est ainsi que je fus le plus heureux des chiens pendant quatre longues et belles années.
Un jour, je vis arrivér des personnes habillées de noir que je ne connaissais pas. Elles tournaient dans la maison et ne prenaient même pas la peine de me parler. J’avançais vers elles mais elles me repoussaient gentiment. L’une d’elles, finit par dire
Et du chien, qu’en fait on ????
Si personne n’en veut et vu son âge, nous ne pouvons que le mettre en refuge dit une autre personne.
Dans les 2 jours qui suivirent, j’ai su que je ne verrais plus mon jeune maître. La maison se vidait de ses affaires et avec elles, partaient aussi mes années de bonheur. Je fus amené dans cet endroit le jour de mes 12 ans et je sais aujourd’hui que c’est ma dernière année sur cette terre. Elles ont tout fait pour me faire adopter, elles ont raconté ma gentillesse, mon amour pour les humains et ma sociabilité envers mes congénères.
Mais trop de ceux-ci sont abandonnés et le refuge doit se résoudre à laisser une chance aux plus jeunes.
Chinouk , mon vieux, allez viens, nous allons faire une promenade!
J’ai tourné les yeux vers ce pauvre chien qui ne gémissait plus, ses yeux effrayés posés sur les miens. Je lui ai alors lancé :
Adieu l’ami, si un jour ton tour arrive, laisse-toi remplir de toutes les bonnes choses et vide-toi de ce que tu as mal vécu.
Allongé sur cette table, je regarde celle qui va m’expédier pour le plus long voyage sans ticket de retour.
Salut Chinouk, tu es encore un très beau chien! Dommage que personne n’ait voulu de toi, je regrette mais c’est ainsi.
J’ai léché cette main qui me donnait la mort en pleurant.
Marie-Ange Galluci
Aujourd’hui, le silence est pesant et inhabituel comme si un danger se rapprochait sur nos têtes. J’ai envie de hurler mais las et fatigué, je me couche sur ce béton qui râpe mes coussinets.Alors mes souvenirs reviennent doucement envahissant ma tête et mon pauvre corps.
Je suis né une nuit de juillet. La lune haute et brillant, éclairait le commencement de ma vie au milieu de 6 frères et sœurs tous aussi différents de moi. Je me souviens de la chaleur du corps de ma maman, qui épuisée nous tendait ses tétines afin de nous rassasier de son bon lait. Ma douce maman ! Elle était si belle si vous saviez ! D’elle, j’ai tout appris et chaque jour, je devenais de plus en plus fort. J’adorais m’amuser à mordiller mes petits frères et vers l’âge de 2 mois, j’entamais sur mes petites pattes des courses poursuites qui faisaient rire ma merveilleuse maman. Au bout de cette petite enfance, je ne comprenais pas la raison de l’absence de mes frères et sœurs qui jour après jour manquaient nos jeux et nos repas sous le regard maternel. Un jour, quelque peu angoissé, je posais enfin la question à maman. Maman, où sont mes petits frères ? Je vois les deux pattes accompagnées d’autres deux pattes se pencher vers nous et chaque fois, qu’ils prennent un de mes frères, je ne vois plus celui-ci ! Chinouk me répondit elle, tous mes petits sont partis comme cela et bientôt ton tour viendra…Alors ce jour là mon bébé, n’aie pas peur …Maman restera toujours près de toi.